Il y a des phrases qui dérangent parce qu'elles disent vrai. « Nous devons nous réconcilier avec l'environnement, car nous l'avons brûlé », a déclaré l'Abbé Emile Ndayizigiye, Secrétaire Exécutif Permanent de la Commission Episcopale Justice et Paix Burundi (CEJP-Burundi), devant les caméras de Muhiteka TV. Une phrase brève, presque une confession, qui résume à elle seule tout un pan de la mission de la CEJP : la réconciliation ne s'arrête pas aux hommes, elle doit aussi se faire avec la terre qui les porte.
Depuis 2015, l'Église catholique célèbre chaque 1er septembre la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, qui ouvre un « Temps de la Création » prolongé jusqu'au 4 octobre, fête de saint François d'Assise. Le thème retenu cette année s'inspire du prophète Isaïe : « Ils forgeront leurs épées en socs de charrue, et leurs lances en faucilles » (Is 2, 4). Dans son message pour cette journée, le Pape Léon XIV établit un lien direct entre la violence des guerres et la dégradation de la création : les conflits assèchent les points d'eau, appauvrissent les sols et déplacent les populations — mais leur racine la plus profonde reste un cœur humain qui s'est endurci.
C'est dans cet esprit que la CEJP-Burundi a organisé, le 4 juillet 2026 au siège e la CEJP, une journée de réflexion consacrée à cette Journée mondiale. Devant un public venu nombreux, l'Abbé Emile Ndayizigiye a rappelé que la conversion écologique et la conversion à la paix sont une seule et même démarche : on ne protège pas la création sans apprendre, en même temps, à déposer les armes du cœur — la colère, l'injustice, l'indifférence.
Devant les caméras, l'Abbé Emile Ndayizigiye n'a pas voulu rester dans les généralités. Il a nommé les incivilités du quotidien — ces déchets que l'on jette dans la rue sans y penser — comme la face la plus visible d'un mal plus profond. Et il a pointé ce que chacun, à Bujumbura, peut déjà constater de ses propres yeux : une chaleur de plus en plus difficile à supporter, et les eaux du lac Tanganyika qui montent, année après année, grugeant peu à peu les quartiers riverains.
Pour lui, tout part d'un même égoïsme qu'il faut avoir le courage de nommer : celui qui consiste à consommer cette terre sans penser à ceux qui viendront après nous. « Utilisons cette terre en pensant qu'après nous, il y en a d'autres qui en auront besoin », a-t-il insisté — une manière de rappeler que la création n'est pas un stock à épuiser, mais un héritage à transmettre.
Son appel n'a pas voulu s'arrêter aux gestes individuels : l'Abbé Emile Ndayizigiye a interpellé le gouvernement lui-même, l'invitant à prendre toute sa part de responsabilité — car la sauvegarde de la création, a-t-il fait comprendre, ne se joue pas seulement dans les rues ou dans les foyers, mais aussi dans les politiques publiques.
Il n'a pas caché la gravité de certains dégâts : il y a, a-t-il reconnu, de l'irrécupérable — des équilibres rompus qu'aucun effort ne restaurera plus. Mais il y a aussi du réparable, et c'est là que se loge l'espérance : anticiper avant que le mal ne s'installe, atténuer ce qui peut encore l'être, et réparer, patiemment, ce qui peut l'être.
Car c'est bien là tout le sens du texte d'Isaïe qui a inspiré cette journée : une épée que l'on forge en soc de charrue devient un instrument qui nourrit, plutôt qu'un instrument qui tue. Se réconcilier avec la création n'est donc pas, pour la CEJP-Burundi, un supplément à sa mission de paix — c'en est le prolongement naturel. Une terre guérie et un peuple réconcilié sont, en définitive, la même espérance.
À voir
L'intervention complète de l'Abbé Emile Ndayizigiye sur Muhiteka TV